Le succès phénoménal de l’iPhone est en train de propulser Safari au deuxième rang des navigateurs les plus populaires en Europe. Un mouvement d’autant plus intéressant qu’Apple pourrait bouter Google hors de son browser dès 2015.

Safari sur écran iPad

Le succès des appareils mobiles et le ralentissement du marché du PC rebattent littéralement les cartes des navigateurs web. Ainsi, en Europe (23 pays observés par AT Internet), Safari se hisse peu à peu au-dessus de ses concurrents.

Chrome, le leader. Safari, le challenger.

Google Chrome conserve la tête du classement établi par AT Internet avec 33,9 % de parts de marché sur les 13 derniers mois. Internet Explorer reste second avec 19,9% des visites. Mais Safari n’a jamais été aussi près de changer la donne. Avec 19,8 % de PDM, le navigateur d’Apple est sur le point de dépasser celui de Microsoft après avoir laissé Firefox dans son sillage. L’ascension de Safari devrait se poursuivre à travers le succès de l’iPhone 6. Parions que le navigateur de Cupertino sera bientôt le 1er challenger de Chrome.

parts de marché des navigateurs 2014

Google caracole toujours loin devant la concurrence attirant 33,9 % des visites européennes après un gain de 5 points en 1 an. C’est bien la part de marché phénoménale d’Android qui offre à Chrome une telle prédominance. Il sera donc difficile pour Apple de rattraper son concurrent même si, d’une étude à l’autre, une tendance forte se confirme : les utilisateurs d’iOS sont bien plus consommateurs de Web que leurs homologues « Androidiens ».

La courbe la plus inquiétante reste celle d’Internet Explorer. Le roi des années 2000 a perdu 5,7 point en un an. Que ce soit à travers ses mobiles ou ses tablettes, Microsoft n’arrive pas à compenser la chute des ventes de machines de bureau. IE sera dépassé par Safari dans un très proche avenir et pourrait assez rapidement passer derrière Firefox pour se retrouver bon dernier des géants de la navigation.

Safari vs Google

L’ascension de Safari est d’autant plus intéressante que 2015 est une date importante pour le navigateur. C’est en effet au début de l’année prochaine que le contrat liant Apple et Google doit être renégocié… ou pas. Depuis sa première commercialisation en 2007, l’iPhone utilise le moteur de recherche Google. Un état de fait qui est le fruit d’un accord commercial que certains estiment à 1 milliard de dollars annuels. Une somme que Google paierait pour s’assurer une présence par défaut dans Safari.

The Information rapporte pourtant qu’Eddy Cue serait en pourparlers avec Yahoo! et Bing autour d’un accord qui bouterait Google hors d’iOS. Selon Amir Efrati de The Information, Cue aurait assuré que la décision d’Apple ne dépendrait que de la qualité des résultats de recherche du moteur sélectionné. Pourtant, on le sait, depuis que Google a attaqué les marchés de l’OS mobile, du navigateur et du smartphone, rien ne va plus entre les deux géants californiens. Au-delà de la guerre thermonucléaire promise par Steve Jobs, c’est sur fond de procès monumentaux que Google et Apple se déchirent. Anciennement associées, les deux entreprises tracent désormais deux chemins différents.

Eddy Cue

Alors que YouTube et Google Maps (propriétés de Google) étaient deux piliers des premiers iPhone, les applications de Google ont été éliminées de l’écran d’accueil des iPhone avec iOS 6. Les utilisateurs inconditionnels de Google Maps et YouTube doivent depuis en passer par l’AppStore pour récupérer leurs applications préférées. Ils sont nombreux ! Et pour cause. Apple ne propose aucune alternative à l’App YouTube, tandis que la pertinence des résultats d’Apple Maps  laisse encore à désirer. Cette éviction reste tout de même un coup dur pour le géant de Mountain View qui se retrouve privé d’une place de choix sur le second plus gros OS mobile mondial.

Plus discrètement, Apple a déjà abandonné Google dans les recherches lancées par l’intermédiaire de Siri. L’assistant vocal d’iOS préfère prendre ses sources chez Yahoo! et Bing (Bing motorise Yahoo!) notamment, ne laissant à Google que la part congrue de ses réponses. Avec Spotlight, que ce soit sous iOS 8 ou Yosemite, les réponses générées par une recherche depuis l’écran d’accueil de l’OS font également la part belle aux alternatives à Google (Bing, Yahoo!, Wikipedia…). Le mouvement est donc en marche. Apple devrait à terme se passer totalement de Google.

Fin 2013, Google ne génère que 4% des réponses de Siri contre 27% un an plus tôt !

Sources d'infos utilisées par Siri

Pourtant, Google semble encore incontournable. Avec plus de 90 % de parts de marché mondiales et une PDM de plus de 92 % en France, le moteur de recherche de Mountain View est le chouchou des internautes. La situation est toutefois sensiblement différente aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, le duo Yahoo!-Bing s’octroie presque 29 % de parts de marché contre 67,5 % pour Google (chiffres ComScore). Ces chiffres ne tenant pas compte des recherches mobiles, l’arrivée de Microsoft et de Yahoo! à la place de Google dans iOS pourrait rééquilibrer plus encore le duopole en présence sur le territoire américain.Un rééquilibrage d’autant plus important qu’au pays de l’Oncle Sam, l’iPhone s’offre une part de marché exceptionnelle sur le segment du smartphone : 42 % début 2014 (contre 35 % un an avant – chiffres NPD).

Ce n’est pas Marissa Mayer, CEO de Yahoo! qui contrecarrera les plans d’Apple. Le second moteur de recherche américain a déjà remplacé Google au sein de Firefox aux Etats-Unis. Avec iOS 8, il est possible en quelques clics de remplacer Google par Yahoo!, Bing ou DuckDuckGo (Réglages > Safari > Moteur de recherche). En difficulté depuis plusieurs années, Yahoo! (tout comme l’idée même de concurrence) pourrait trouver une belle planche de salut dans la guerre anti-Google menée par Apple. 

Il faut espérer que le client, propriétaire d’un iPhone ou d’un iPad, ne sera pas victime de cette guerre. Aujourd’hui, il est assez facile de passer d’un moteur à l’autre dans iOS. Mais Apple peut parfaitement rendre la procédure plus complexe comme c’est le cas pour Google Maps qu’il faut aller chercher sur l’App Store.