Dans un contexte politique, économique et sécuritaire tendu, le gouvernement chinois interdit désormais aux administrations du pays d’équiper son personnel en matériel Apple.

Apple Store West Lake - Chine

Comme Cisco, Intel, McAfee ou encore Citrix Systems, Apple figure désormais sur une liste noire réunissant les industriels étrangers considérés comme persona non grata au sein des administrations chinoises. Si des considérations sécuritaires sont mises en avant, le facteur économique joue naturellement un rôle important dans ce type d’exclusion.

Un contexte sécuritaire compliqué par l’affaire Snowden

La méfiance a toujours été au cœur des relations économiques qui lient l’Occident à la Chine, mais l’affaire Snowden, avec son lot de révélations sur les méthodes de surveillance à grande échelle développée par les CIA et NSA, a complexifié un peu plus l’accès au marché chinois. Apple n’a pas échappé au « nouveau » contexte sécuritaire, pliant devant les exigences de Lu Wei, le ministre en charge de la cybersécurité chinoise. L’installation des serveurs d’iCloud sur le territoire chinois ou encore l’autorisation donnée à la Chine d’auditer la sécurité des appareils griffés d’une Pomme auront pourtant été vains. Comme beaucoup de géants américains, Apple a finalement été exclue des 5 000 marques autorisées au sein des services d’Etat chinois.

Tim Cook et Lu Wei

La situation est quelque peu ironique. Tim Cook insiste, dès que l’occasion lui en est donnée, sur le fait que les données personnelles ne font pas partie de son équation commerciale. À tel point que certaines d’entre elles ne sont pas accessibles par la Pomme elle-même. D’autre part, alors qu’Apple est désormais considérée en Chine comme la marque le luxe la plus attractive auprès des millionnaires locaux, la firme californienne se retrouve tout aussi indésirable que Cisco ou Intel.

Considérations économiques

Des raisons sécuritaires semblent motiver la mise à l’écart d’AppleÀ plusieurs reprises déjà, l’Etat chinois s’est dit préoccupé par les risques sécuritaires induits par l’utilisation en Chine de matériels d’origine américaine. Mais les sécurités politique, militaire et industrielle ne sont certainement pas les seuls moteurs d’un tel ostracisme. Les considérations économiques sont ici au moins aussi importantes que les risques d’espionnage. Depuis l’accord d’Apple avec China Mobile et la disponibilité des iPhone 6 et 6 Plus, la firme à la Pomme prend une nouvelle dimension en Chine. Apple est désormais la marque la plus puissante de l’Empire du Milieu selon le Centre chinois de recherche sur les marques.

Revenus d’Apple en Chine entre 2009 et 2014

Revenus Apple en Chine 2009 à 2014

Le nouveau statut d’Apple a rapidement été traduit dans les chiffres publiés en janvier dernier. Au cours du dernier trimestre calendaire 2014 (Q1 fiscal d’Apple), Cupertino a réalisé près de 22% de son chiffre d’affaires en Chine. Un record. Le dynamisme de la Pomme devrait encore s’y accélérer dans les années qui viennent avec un réseau de distribution qui dispose d’une bonne marge de progression. 25 nouveaux Apple Store devraient ainsi ouvrir en Chine d’ici 2 ans.

La Chine pourrait rapidement devenir le premier marché d’Apple. Pour l’iPhone, c’est déjà le cas selon les analyses d’UBS. La banque d’investissement estime qu’entre octobre et décembre 2014, 36 % des iPhone ont été expédiés vers la Chine (24 % vers les Etats-Unis). Un iPhone qui, rappelons-le, a généré sur la même période 69 % du CA mondial d’Apple.

Conséquences directes et indirectes

L’exclusion des iPhone et autres Mac des administrations chinoises ne remet pas en cause la présence d’Apple dans l’Empire du Milieu. Mais une interdiction des iPhone et iPad au sein des ministères et administrations implique le même type de restriction au niveau de nombreuses grandes entreprises proches du Pouvoir tout comme au sein de multiples instances para-gouvernementales.

Xi Jinping

Les grands fabricants chinois de matériel technologique voient ainsi Apple disparaître du radar concurrentiel dans leur assaut vers les marchés gouvernementaux. Protégés par l’Etat, les Huawei, Xiaomi, Lenovo ou ZTE vont tout simplement pouvoir se partager un gâteau plus gros. Parions que dans le cœur des dirigeants chinois cette dernière considération n’est pas beaucoup moins importante que celle de la sécurité.