Le système de paiement sans contact annoncé par Tim Cook le 9 septembre dernier va sans doute bouleverser l’univers bancaire dans les 3 années à venir. Explications.

Portefeuilles keynote iPhone 6

Aux côtés d’un iPhone 6 mis à jour comme attendu et d’une montre connectée encore bien mystérieuse, Tim Cook a dévoilé Apple Pay, un nouveau système de paiement sans contact reposant sur le NFC. Cette dernière annonce est sans doute la plus importante de la soirée car elle donne une nouvelle dimension à Apple. Après avoir réinventé la musique, le smartphone et la tablette, la firme à la Pomme part à la conquête du paiement, un univers très lucratif qu’aucun acteur n’a réussi à maîtriser de manière globale (e-commerce et Retail) et mondiale.

Une expérience qui impressionne le gratin financier…

La petite vidéo qui a illustré le fonctionnement d’Apple Pay  était plutôt parlante. Elle était, si l’on puit dire, à la hauteur de ce que Steve Jobs aurait pu imaginer. Ergonomie, simplicité, rapidité, sécurité. Si l’on en croit Tim Cook, Apple Pay intègre tous les ingrédients nécessaires au succès. Les grands responsables financiers, dont certains étaient présents à la Keynote, ont rapporté avoir été impressionnés par l’ergonomie et la sécurité d’Apple Pay. Le fait que Cupertino maîtrise à la fois le matériel et le logiciel de ses terminaux mobiles n’est évidemment pas étranger à ce sentiment. L’efficacité et la fiabilité du TouchID bouclent la boucle, offrant à Apple les oreilles grandes ouvertes des Visa, MasterCard, AMEX et autres banques…

15 cents de commission pour 100 dollars d’achat !

Selon une enquête du Financial Times, Apple toucherait 0,15 % de commission sur chaque achat effectué avec Apple Pay. Cette part est prise sur la commission récupérée par les réseaux de cartes bancaires qui perçoivent entre 0,4 et 2 % des montants perçus par les commerçants. Ces 15 cents pour 100 dollars d’achat représentent un manque à gagner pour les réseaux VISA, MasterCard et AMEX. Mais cette perte est largement compensée par plusieurs phénomènes.

1er phénomène. La disparition des cartes de crédit. L’attractivité d’Apple ajoutée à son leadership dans l’univers des appareils mobiles, devrait accélérer l’adoption du paiement par NFC. Google s’y est essayé mais force est de constater que son Google Wallet n’a jamais convaincu, ni les utilisateurs, ni les commerçants, ni les banques, et cela pour différentes raisons…

Cartes de crédit - pièce - billet americain

La fin des cartes en plastique : un gain d’argent pour les réseaux de cartes bancaires…

2nd phénomène. Apple mise sur le NFC, une technologie ouverte qui laisse aux autres acteurs la possibilité de s’engouffrer dans le sillage de la Pomme. Ce choix est important car le développement et le déploiement dans les Apple Store et quelques partenaires prestigieux, d’une technologie-maison appelée iBeacon laissait penser que le NFC allait devoir se cantonner à l’appairage d’accessoires connectés.

3e phénomène. Si Apple mise sur le NFC, c’est peut-être parce que cette technologie a été adoptée par les différents acteurs du monde financier. Les fabricants de TPE comme les réseaux de cartes bancaires déploient actuellement des terminaux de paiement compatibles avec le Near Field Communication. Ces TPE ont une autre caractéristique : ils imposent l’usage d’une carte à puce associée à un code à 4 chiffres. Si le principe vous dit quelque chose, c’est qu’en France la carte à puce est déjà utilisée par tous. Mais aux Etats-Unis, c’est loin d’être le cas. Là-bas, la sécurité repose sur la bande magnétique associée le plus souvent à une signature et la vérification d’un document d’identité. Ce manque de sécurité est à l’origine de nombreuses fraudes : si les US comptent pour 25 % des transactions mondiales par carte bancaire, le pays représente 51 % des fraudes ! Jusqu’à maintenant, les réseaux de carte garantissaient le remboursement des sommes détournées. Mais l’arrivée des nouveaux TPE est associée à une nouvelle donne : dès 2015, les fraudes à la carte de crédit ne seront compensées par Visa, MasterCard ou AMEX que si la transaction est passée par le duo puce+code ou… le NFC.

Ingenico TPE NFC

Ingenico, le géant du TPE, ne distribue en France que des terminaux compatibles NFC

La fin des cartes de crédit…

Maintenant qu’Apple, les grands acteurs du secteur financier et les commerçants se sont mis d’accord, il reste à convaincre les utilisateurs. Si l’ergonomie d’iOS 8, celle d’Apple Pay et le côté ludique d’un processus de paiement sans contact joue à plein, on peut déjà parier sur la disparition des cartes de crédit en plastiques. Le CEO de la banque en ligne Moven est pour sa part convaincu que la carte de crédit plastifiée n’a plus que 3 ans à vivre ! Un délai très court qui pourrait laisser place dans un premier temps à une carte de crédit virtuelle, bien rangée dans… Apple Pay ou autre. L’expert enfonce le clou affirmant que des pays comme le Mexique, l’Indonésie, le Nigéria ou la Turquie pourraient très rapidement adopter le paiement sans contact tant le coût de distribution des cartes y est élevé…

La fin des cartes de crédit physiques viendrait compenser pour partie la commission accordée à Apple. Une commission déjà compensée par la forte baisse des fraudes espérée par l’adoption d’un Apple Pay ultra-sécurisé par les 5 piliers que nous vous détaillions hier : NFC – TouchID – Cryptographie – Token – Find My Phone.

Processus de paiement avec carte bleue

Aux US, l’ergonomie d’Apple Pay devrait convaincre tout le monde de renoncer au lourd processus du paiement par carte…

Nouveau tour de force de Cupertino !

Tim Cook a véritablement réalisé un exploit : mettre d’accord 3 des plus gros acteurs du monde du paiement : les banques, les réseaux de cartes et les commerçants. On a beaucoup parlé du secteur bancaire mais convaincre les commerçants n’est pas une mince affaire non plus. D’ailleurs, nous aurons remarqué que si la liste des partenaires commerciaux d’Apple est longue et prestigieuse, il n’en manque pas moins Wallmart et Best Buy, deux géants qui tentent d’imposer leur propre solution de paiement sans contact…

Apple a donc réussi à coordonner les acteurs d’un écosystème complexe qui a beaucoup de mal à s’entendre… depuis 50 ans ! Le tour de force est d’autant plus remarquable que l’histoire d’Apple ne joue pas nécessairement en faveur du géant californien. Les Majors de la musique se mordent encore les doigts d’avoir confié sans s’en rendre compte leur avenir à… iTunes. Avec ses deux coups d’avance, Steve Jobs a, à l’époque, précipité les Universal, Warner et autre EMI dans l’immense virage numérique que les géants de la musique avaient mal anticipé…

Carte iTunes

Avec son iTunes Store, Apple a pris le contrôle de l’industrie musicale…

« Le modèle d’Apple nous laisse au centre du paiement » se rassure un exécutif de banque dans les lignes du Financial Times… Les milieux financiers sont ainsi prêts à renoncer à une partie de leurs commissions en espérant voir Apple faire sensiblement augmenter le nombre de transactions et faire baisser le taux de fraude. Mais c’est dans le domaine de l’e-commerce que les espoirs sont les plus larges. La fin des longs formulaires d’identification, véritables freins aux achats en ligne, et le renforcement de la sécurité des paiements pourraient libérer le commerce en ligne en quelques années…

Conclusion

Les grands acteurs financiers et commerciaux ont apparemment tout intérêt à s’allier à Apple. Les premières victimes d’une telle entente sont plutôt à chercher du côté de Pay Pal ou de Square. Pourtant, sur le long terme, on ne sait pas ce qu’Apple fomente et « l’histoire d’iTunes » pourrait un jour se répéter. Les réseaux de cartes bancaires et les banques ont aujourd’hui la main sur le paiement. Il faut aussi compter sur la complexité et l’encadrement stricte de leur éco-système. Mais si la vision de Tim Cook se réalise au-delà des espérances, Apple pourrait avancer ses pions au fil des versions d’Apple Pay pour un jour peut-être bouleverser l’ordre établi… et prendre la place de ceux qui aujourd’hui le considère comme un partenaire…