C’est aujourd’hui qu’Apple doit diviser la valeur de son titre (AAPL) par 7. La manoeuvre financière, appelée Split, offre d’intéressants indices sur la stratégie de la firme !

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Qu’est-ce qu’un Split ?

Avant de comprendre les raisons qui poussent Apple à diviser la valeur de son titre par 7, mieux vaut savoir de quoi on parle… Le split est une division nominale d’une action qui rend la valeur unitaire de celle-ci plus faible. Une division du nominal par 7 comme l’a décidé Apple conduit à une multiplication du nombre total d’actions par 7 et à une réduction de sa valeur par 7. Le Capital ne change pas. Si vous êtes aujourd’hui détenteur de 1 000 dollars d’actions AAPL, votre capital reste identique. En revanche, le 9 juin prochain, date à laquelle le split sera effectif, vous serez en possession de 7 fois plus de titres, chacun ayant une valeur 7 fois moindre…

Les effets immédiats…

Alors que le titre AAPL tournait autour de 14 ou 15 dollars en 2004, il est aujourd’hui à… 633 dollars ! Cette valeur très haute semble désormais réserver le titre à des actionnaires professionnels ou fortunés. Le split, en faisant passer le titre de 633 dollars à 90 dollars environ, va attirer de nouveaux actionnaires qui vont pouvoir plus facilement diversifier leurs portefeuilles. Cela va mécaniquement rendre le titre plus liquide c’est-à-dire qu’il pourra changer de mains plus facilement. Diversification de l’actionnariat… Titre plus liquide… Voilà deux facteurs qui sont désormais au centre de la stratégie d’Apple. Nous comprendrons plus tard pourquoi.

En dix ans, le titre AAPL est passé de 15 à… 633 dollars !

valeur du titre AAPL entre 2004 et 2014

Les facteurs psychologiques jouent un rôle important sur les marchés financiers. Dans ce contexte, un titre très haut ne favorise pas la sérénité. On dira en effet facilement d’une action à 633 dollars qu’elle est chère. À 90 dollars, ce préjugé disparait quasiment. Idem en cas de hausse. Un titre à 633 dollars qui prend 10% atteint 696 arrogants dollars. Le passage de 90 à 99 dollars (+10%) est bien plus acceptable… bien moins suspect.

Enfin, l’aspect marketing a aussi son importance. En divisant la valeur de son action, Apple lance un message aux marchés financiers et analystes de tous bords : on va bien, on est confiant, notre titre va continuer à monter, explique l’expert financier Guillaume Lamand. L’homme précise qu’une société en crise de confiance fait l’inverse. Elle regroupe ses titres (reverse split) afin de leur donner une valeur plus attirante ! Ce message de confiance est important à un moment où Apple est attaquée sur ses perspectives de croissance : iPhone à la taille d’écran obsolète, pas de nouveau produit innovant, essoufflement du marché de la tablette,…

 L’insupportable pression des actionnaires…

Depuis 2 ans, Apple est sous pression. Pas assez de dividendes, pas assez de rachats d’actions, pas assez d’innovations… Tim Cook a réagi ces derniers mois. Le programme de rachat d’actions est passé de 60 à 90 milliards de dollars cette année. Quant aux dividendes, ils ont augmenté de 8% en 2014, offrant désormais un rendement de 3,29 dollars par action. Apple est en train de devenir une valeur de rendement, mais crie haut et fort à travers le split qu’elle reste une solide valeur de croissance. Les grands gestionnaires mondiaux qui panachent systématiquement leurs portefeuilles trouveront chez Apple un titre assez exceptionnel…

Split, dividendes,… Il y a là de quoi attirer de nouveaux actionnaires. Nombreux, plus petits, ils contribueront certainement à diluer le pouvoir de nuisance des gros investisseurs comme Carl Icahn qui tente, à travers sa notoriété et la taille de son portefeuille (7,5 millions de titres AAPL en poche) de dicter sa loi  à Tim Cook… Associés aux rachats d’actions par Apple, ces nouveaux arrivants feront mécaniquement grimper le titre… C’est la loi de l’offre et de la demande. Le phénomène sera d’autant plus démultiplié si Apple est bien en train d’anticiper… un coup historique !

Carl Icahn

Avec sa notoriété et ses 7,5 millions de titres AAPL, Carl Icahn tente régulièrement d’influencer personnellement Tim Cook…

Du Nasdaq au Dow Jones…

Derrière la diversification de son actionnariat, Apple pourrait déjà préparer le prochain coup. Celui qui diluerait efficacement le pouvoir d’actionnaires trop impliqués et influents. Cette manoeuvre encore à l’état de projet consisterait à quitter le Nasdaq pour rejoindre… le Dow Jones ! Au Nasdaq, Apple est une valeur technologique à fort potentiel de croissance (comme toutes les valeurs de cet Indice) qui subit la pression d’investisseurs fortement impliqués et influents. Cotée au Dow Jones, la Pomme attirerait mécaniquement des gestionnaires plus passifs qui investissent automatiquement dans les valeurs de l’Indice selon leur pondération dans celui-ci. À court terme, cela déclencherait une forte pression acheteuse qui diluerait le titre d’une part et ferait augmenter fortement sa valeur d’autre part. À plus long terme, l’actionnariat se stabiliserait offrant à Apple plus de sérénité… Enfin, une cotation au Dow Jones modifierait sensiblement l’image d’Apple aux États-Unis et dans le monde. Elle ne serait plus une société à fort potentiel de croissance, mais une valeur de rendement véritablement institutionnalisée.

Conclusion

Tim Cook prend les commandes d’Apple. L’homme modifie profondément l’ADN de sa société. Au-delà des cycles d’innovation, du marketing produit, au-delà d’une politique commerciale ou d’un positionnement de marché, Apple prend son destin financier en main. Comme le précise l’expert financier Guillaume Lamand, Cupertino élabore une stratégie financière de premier plan qui implique la gestion de son actionnariat. C’est tout à fait nouveau ! Ajoutez à cela l’arrivée chez Apple d’un sang neuf susceptible de réinventer la société et vous obtenez un ensemble bien différent de celui de Steve Jobs… Arrêtons de croire à la mythique roadmap de 10 ans soi-disant élaborée par Jobs et observons plutôt comment Tim Cook prend définitivement les commandes d’Apple.