Apple et Samsung entament en Californie un procès de 2 mois dans lequel plusieurs milliards de dollars sont en jeu. Cupertino accuse le géant coréen de violation de brevets autour de certains modèles de smartphones et tablettes. Voici 5 des 7 brevets en question, histoire de mieux comprendre ce qui oppose les deux firmes…

Apple-vs-Samsung

Brevet 5,946,647 : Système et méthode d’amélioration de l’interaction avec la structure des données générées par un ordinateur.

Il s’agit de la méthode avec laquelle Apple permet à l’iPhone de transformer en lien interactif une information spatiale ou temporelle qui figure dans un message, un mail ou un SMS. Par exemple, si une personne vous envoie un message du type « Rendez-vous vendredi 4 avril au 1 infinite Loop à Cupertino », l’iPhone et l’iPad sont capables de repérer la date et d’en faire un lien. Un clic sur le lien et l’appareil propose de créer un événement à la date (et heure éventuellement) en question. Vous pouvez aussi simplement choisir d’afficher le calendrier pour vérifier votre disponibilité à cette fameuse date… Pratique, d’autant qu’iOS est normalement capable d’interpréter des expressions comme demain ou lundi prochain. Le système fonctionne aussi pour les numéros de téléphone. Si un tel numéro figure dans un message, il est interprété par iOS qui lui donne l’apparence d’un lien. Une tape dessus déclenche l’appel.

une date se transforme en lien dans un message (1)

 

Brevet 6,847,959 : Interface universelle pour la recherche d’informations dans un système informatique.

Elément central dans iOS, le champ de recherche est intelligent. Quand on lui soumet une requête, iOS cherche une réponse dans toutes les sections de l’appareil : applications, documents, photos, mails, SMS,… et affiche les résultats dans une page où les réponses sont ainsi classées. iOS propose de surcroit de pousser la recherche jusque sur le Web ou Wikipedia. Une tape sur le lien et Safari se lance.

iOs moteur de recherche intelligent

 

Brevet 7,761,414 : Synchronisation en arrière-plan de tous les appareils.

C’est la méthode grâce à laquelle une application peut se synchroniser avec différents appareils alors qu’une personne est en train d’utiliser cette même application. Cela permet par exemple d’utiliser l’application Notes sur un iPad alors que celle-ci se synchronise en même temps avec un iPhone et un Mac.

 

Brevet 8,046,721 : Déverrouillage d’un appareil par un geste effectué sur un message du type « déverrouillage ».

Il s’agit ici du fameux « Faire glisser pour déverrouiller ». Si on s’est tous habitués à ce système de déverrouillage, il faut bien garder à l’esprit qu’avant ce système, un appareil mobile qui s’allumait proposait directement l’écran d’accueil. C’est un avantage quand on a l’intention de s’en servir mais ça l’est bien moins quand le smartphone s’allume seul dans la poche… Le « Slide to unlock » ajoute une étape tactile qui évite toute action involontaire.

photo 2-10

 

Brevet 8,074,172 : Méthode, système et interface graphique pour la suggestion de mot.

Il s’agit ici du système d’auto-correction. Comme la synchronisation évoquée plus haut, Apple n’a pas inventé ce type de dispositif. Mais Cupertino a élaboré la juxtaposition du mot avec le curseur. Si la correction proposée est correcte, il suffit d’une tape sur la barre d’espace pour l’accepter.

Ecriture prédictive iOS

Parmi les 5 brevets cités ci-dessus, un seul cible directement Samsung : celui du « Faire glisser pour déverrouiller ». Les autres concernent davantage Android. Et c’est d’ailleurs l’un des arguments des avocats de Samsung : Apple devrait s’en prendre à Google, le véritable « copieur »… Pour Cupertino, Samsung étant le plus gros fournisseur mondial de matériel fonctionnant sous Android, sa responsabilité est engagée. « C’est Samsung, pas Google, qui a choisi de mettre ces fonctionnalités dans ses smartphones » a déclaré Harold McElhinny, l’avocat d’Apple qui réclame par ailleurs 40 dollars par appareil Samsung vendu. On parle ici… du Galaxy S3 ! Ce smartphone n’est pas de première jeunesse mais les lenteurs de la Justice ont amené les deux géants à défendre les intérêts d’appareils datant de 2012 : l’iPhone 5 et le Galaxy S3. Ce dernier n’étant pour sa part plus en vente…

Phil Schiller lors du procès qui oppose Apple et Samsung en avril 2014

On a donc d’un côté, Apple qui va tenter de prouver, document à l’appui, qu’au moment de la conception des produits incriminés, Samsung vivait une crise d’inspiration qui l’a poussée à copier les appareils Pommés. En face, Samsung tentera de prouver son innocence peut-être aidée par le témoignage déjà prévu de représentants de Google. Il pourrait être demandé à la firme de Mountain View de prouver que les brevets en question étaient bien en développement avant qu’iOS ne les exploite. Apple pourrait en cas de victoire empocher… 2 milliards de dollars. Une amende qui viendrait s’ajouter aux 930 millions de dollars que le géant coréen a été condamné à versé à Apple à l’issue d’un procès jugé en novembre 2013 (Samsung a fait appel). C’est d’ailleurs la même juge, Lucy Koh, qui doit trancher ce nouveau face à face.

Ci-dessous, un extrait du document interne à Samsung présenté par Apple lors du dernier procès l’opposant au coréen. Il prouve que Samsung s’est notamment inspirée du bouton « fin de communication » qui était gros et isolé sur l’iPhone. 2 caractéristiques qui garantissaient à l’utilisateur de ne pas taper sur un autre bouton par erreur.

document interne prouve que Samsung s'est inspirée d'iOS

Et après ? Une victoire d’Apple pourrait entrainer de nouveaux procès. Contre d’autres constructeurs, d’autres produits… anciens, actuels ou futurs… Selon Phil Schiller (en charge du marketing à Cupertino), au-delà d’une compensation financière, une victoire de la Pomme viendrait redonner à Apple l’image d’une entreprise qui n’a jamais cessé d’innover mais dont le rôle d’innovateur a été brouillé par les centaines de millions de copies qui ont inondé le marché…